Durant les vacances de Pâques, je vous propose un conte de Noël.
Ne trouvez-vous pas frustrant de n’avoir droit aux contes de Noël qu’à
Noël ?
Personnellement, j’adore les contes de Noël et je trouve dommage qu’on ne nous les
raconte qu’au moment de Noël.
Dès qu’une envie de conte de Noël nous prend, pourquoi attendre Noël pour la
satisfaire ?
Un sondage récent a montré qu’une fraction non négligeable de la population, issue de
tous les milieux sociaux - et même des bords – et puisée dans toutes les tranches d’âges - même les plus profondes - aimerait qu’on lui raconte des contes de Noël à un autre moment qu’à
Noël.
Il n’est pas dans mes intentions de vous dire un conte de Noël. Toutefois, il me
paraissait naturel de me fendre un peu pour satisfaire une fraction non négligeable, en révélant enfin cette incroyable histoire qui m’est arrivée un jour de Noël.
Comme chaque année, je m’étais rendu à l’auberge du Père Noël pour passer ma commande
de cadeaux au Père Noël. C’est une auberge un peu bizarre qui ne doit pas son nom au Père Noël, mais au père Noël.
J’en vois quelques uns dont les sourcils se lèvent. Qu’ils les remettent en place car
ils ne sont pas au bout de leurs surprises.
Le père Noël est un catcheur de petite taille dont les deux principales
caractéristiques sont de se prénommer Noël et d’être propriétaire d’une auberge judicieusement appelée l’auberge du Père Noël.
Est-ce une coïncidence ? Toujours est-il que le Père Noël - le vrai - a pour habitude de s’y arrêter le jour de Noël pour faire une
pause en buvant un chocolat chaud et vérifier ses commandes avant de reprendre sa tournée.
Ayant aperçu son traineau stationné devant l’auberge, je m’empressai d’aller le trouver pour passer ma commande. Une commande de Roi puisque je voulais une fille, ayant déjà commandé le garçon
l’année précédente.
Ah, mes amis ! Je revois la scène comme si j’y étais. Ce pauvre Noël, dont
c’était précisément la fête, en avait pris plein la tronche et noyait son chagrin en buvant bière sur bière.
Son adversaire lui avait fendu le crâne et le sang coulait sur son visage. On aurait
dit qu’il pleurait des larmes de sang.
La déception se lisait sur son visage.
Cela ne semblait pas émouvoir le moins du monde le Père Noël – le vrai – occupé qu’il
était à vérifier ses nombreuses commandes et pressé sans doute d’en finir avant les douze coups de minuit, car passé le jour, passé la fête.
Il était assis quelques tables plus loin et je m’approchai en lui demandant s’il était
possible d’ajouter une fille à sa longue liste de cadeaux.
Grincheux, il commença à me reprocher sur un ton bourru de passer commande tardivement
alors que sa tournée était déjà bien entamée.
En fait, son humeur bougonne était due à un mouvement social déclenché par un quarteron de lutins qui avaient débrayé et
réclamaient une augmentation de salaire, faute de quoi le quart-monde n’aurait pas de cadeaux. On s’en souvient encore : le Père Noël n’a pas cédé.
Comment voulez-vous que je trouve une fille à une heure pareille ? Grincha–t-il dans sa barbe fleurie. Allez plutôt voir au bois de Boulogne.
Un court silence s’ensuivit durant lequel j’eus la sensation d’être sur un plongeoir au dessus d’eaux incertaines.
Vous avez de la chance, dit-il, pour faire oublier son écart. Il m’en reste une au
fond de la poche, mais je vous préviens, il y a des conditions.
Des conditions ? M’étonnai-je.
Naturellement, des conditions ! Quand j’apporte des cadeaux aux enfants, la
condition n’est-elle pas d’avoir été sage ? Dans votre cas, il y a aussi des conditions : Il faudra l’appeler Noëlle et ouvrir plus tard une auberge qui s’appellera l’auberge de la mère
Noëlle.
Pour surprenantes qu’elles soient, ces conditions ne me paraissaient pas
insurmontables, et je n’étais pas en situation de discuter.
J’opinai donc.
Alors, le Père Noël sortit de sa poche une minuscule petite fille qui tenait au creux
de sa main.
Il me tendit la fillette miniature en rappelant : « Surtout, n’oubliez pas
les conditions ! ».
Puis, après un bref instant, il ajouta : « Vous n’êtes toutefois pas
obligé d’en faire plus tard une catcheuse».
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