Mardi 8 juillet 2008

J’allais au Genève avec mon papa.

Papa était copain avec le propriétaire de cet hôtel-restaurant proche de notre domicile : Monsieur Vuillermet. D’ailleurs, papa était copain avec la quasi-totalité des habitants de la ville.

Monsieur Vuillermet m’offrait souvent une grenadine pour me faire patienter pendant ses longues conversations avec mon papa. Il était sympa.

Il était cuisinier de métier et avait fait ses classes sur le porte-avions Foch. Il était fier d’avoir été cuisinier sur le Foch.



Il nous avait donné un poster représentant le bateau en coupe sur lequel on découvrait l’organisation et les différentes parties de ce beau bâtiment naval.

Le rez-de-chaussée du Genève était séparé par un couloir. A droite, le café. A gauche, la salle de restaurant décorée par un magnifique aquarium plein de truites sauvages. Les pêcheurs avaient pour habitude d’apporter leurs prises de la matinée à l’hôtel. Monsieur Vuillermet avait de la truite au bleu ou aux amandes une de ses spécialités. Il était même possible de choisir dans l’aquarium la truite que l’on voulait déguster.

Monsieur Vuillermet, sans doute enrichi, avait ensuite fait l’acquisition d’un hôtel-restaurant beaucoup plus important dans une ville à proximité. Nous allions souvent manger dans son restaurant le dimanche.

Aujourd’hui, le Genève, après avoir connu quelques autres propriétaires, n’est vraiment plus présentable. La ville se meurt à cause des délocalisations d’entreprises en Chine…




La partie droite (café) du Genève
par Oncle Dan publié dans : Grenier aux souvenirs communauté : papierlibre
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Vendredi 27 juin 2008
Si vous trouvez l'endroit trop calme, vous pouvez plonger dans le lac des mortes...

par Dan publié dans : Grenier aux souvenirs communauté : papierlibre
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Samedi 31 mai 2008

Une vedette des dernières élections municipales dans mon village fut le crapaud calamiteux.

L’acharnement déployé par certains écologistes pour le protéger en a surpris plus d’un.

Admettons que le crapaud calamiteux, appelé également crapaud des joncs, fasse partie des espèces menacées et qu’il convienne de le préserver dans les marais qui bordent notre village, ultime refuge de cette bestiole qui n’en demandait pas tant (pas la bestiole, le refuge), étant déjà infesté de tiques dont on ne dira jamais assez tout le mal qu’on pense d’elles ; il suffit d’évoquer les borrelioses, rickettsioses et ehrlichioses, qui provoquent des fièvres biphasiques avec céphalées, myalgies et arthralgies, photophobies et vomissements.

Je n’ai pas trouvé le crapaud calamiteux dans la liste des espèces menacées, les seuls crapauds signalés en danger étant le Crapaud de Fowler et le Crapaud du Grand Bassin au Canada.

Admettons, cependant.

Je ne peux m’empêcher de penser que si ce crapaud-là a été qualifié de « calamiteux », il doit bien y avoir une raison particulière et inavouable, ce qualificatif étant synonyme de « désastreux » ou « catastrophique », ce qui n’augure rien de bon.

Pourquoi défendre à ce point un animal qui semble incarner un fléau ? Les pustules de son dos répugnant, gonflées de venin, dissimulent certainement de grands malheurs ?

Il doit certainement faire partie de la grande famille des larves gluantes, cloportes anémiques, méduses rachitiques et autres tarentules baveuses.

J’ai donc recherché ce qui pouvait expliquer tant de compassion pour cet animal immonde, et j’ai trouvé, séduisantes lectrices et lecteurs attentifs, deux explications à cet incompréhensible phénomène.

La première m’a été soufflée par le tremblement de terre chinois. Les secousses n’ont été annoncées par aucun des signes précurseurs habituels à l’exception d’un seul : la migration de dizaines de milliers de crapauds qui traversaient en rangs serrés les chaussées. Le comportement anormal de ces animaux est en effet reconnu comme étant annonciateur de catastrophes.

Il aurait même été constaté que le simple fait de parler d’eux est toujours suivi de grands malheurs pour les populations locales.

Bien que ne disposant pas sur place de dizaines de milliers de crapauds, nous espérons sans doute secrètement que nos quelques dizaines de spécimens nous préviendront du prochain tremblement de terre dans notre région ou de la rupture du barrage proche.

La seconde explication de la préservation de ces hideux batraciens m’a été suggérée par la caserne de militaires de la place, qui pourrait en avoir l’usage pour en faire des espions modernes.

Ne faites pas les yeux ronds en ouvrant la bouche comme un poisson rouge tombé du bocal. Apprenez plutôt que les rats et les scarabées remplissent déjà les missions les plus périlleuses. Les militaires les ont équipés de micropuces, d’implants cérébraux, de simulateurs visuels et d’électrodes afin de les guider par GPS. Les recherches militaires se poursuivent activement. Mieux vaut ne pas se démunir de sa mort aux rats et de sa tapette à mouches.

L’armée pourrait donc équiper de la sorte les crapauds calamiteux. Elle réussirait peut-être à faire sauter ces batraciens qui ne savent que marcher avec leurs pattes trop courtes.

Et surtout, ils ont un nom qui fait peur.

 

par Oncle Dan publié dans : Grenier aux souvenirs
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Lundi 7 janvier 2008

J’ai très bien connu un montagnard qui s’appelait O… Non, je ne vais pas vous dire son nom car s’il se reconnaît, il va me faire passer la colonne vertébrale à travers mon chapeau.

 

Il descend d’une très ancienne famille dont les ancêtres sont parfois rejetés par les glaciers alpins, après quelques siècles d’indigestion.

 

Il n’a jamais quitté son accoutrement d’homme des cavernes pour endosser les tee-shirts du XXIème siècle et il est une chose dont il ne se départit jamais : son imposante barbe de prophète qui rappelle celle de Charlemagne ou de Karl Marx.

 

Son bureau est un véritable capharnaüm et il évolue au milieu d’un fatras de papiers où s’entremêlent étroitement, en couches superposées, listings, chèques, correspondances, bandes machines, stylos à bille, corbeilles de courrier, trombones, crayons de papier, effaceurs, agrafeuses...etc

 

Bref, toute personne normalement constituée a les poils qui se dressent sur toutes les parties du corps où elle a des poils, en passant à proximité de l’antre de O. et son échelle des valeurs se met subitement à perdre tous ses barreaux.

 

Mais je cause, je cause, alors que mon propos n’est pas là...

 

Ne cherchant à traumatiser personne, je voulais seulement parler de la voix d' O.

 

Car si O. a les cheveux collés au crâne, des oreilles d’une superficie fort au-dessus de la moyenne, qui peuvent avantageusement lui servir d’aérofreins, et une grande barbe frisée qui lui sert de serviette et de garde-manger, O. a un joli brin de voix de ténor. Cela lui vaut de faire partie de la chorale où les ténors sont particulièrement prisés compte tenu de leur rareté.

 

L’autre jour, il m’a offert une invitation pour une soirée « chants » à l’église.

 

J’en fus d’autant plus touché que les entrées étaient libres et gratuites pour tout le monde.

 

Nous passâmes, avec mon épouse, une excellente soirée à écouter cette chorale dont les éléments mâles étaient d’une élégance irréprochable : pantalon noir, chemise bleu clair et nœud papillon.

 

Les chants, puisés dans le répertoire mondial de ces 500 dernières années, furent interprétés magistralement et reçurent les applaudissements qu’ils méritaient.

 

Une seule chose nous préoccupait dans ce torrent de félicité. Une question nous tarabustait. Une question sans réponse comme le sont toutes les questions qui tarabustent. Quoi de plus insupportable qu’une question qui tarabuste ? (D’ailleurs, cette question aussi me tarabuste).

 

O. avait-il, lui aussi, un nœud papillon dissimulé derrière sa barbe fleurie ?

 

La question courait dans les rangs. Personne n’était fixé sur ce point et une indescriptible angoisse mâtinée de fou rire nous oppressait.

 

La réponse ne fut connue que le surlendemain.

 

O. ne portait pas de nœud papillon.

 

Quel négligé, tout de même !

 

par Oncle Dan publié dans : Grenier aux souvenirs communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Vendredi 28 décembre 2007
La saison de ski a commencé et les internautes me demandent de re-publier cette note qu'ils avaient appréciée sur les inconvénients du tire-fesses.

Et ce que blogueur veut...



Dieu sait qu’il y a beaucoup à dire sur le tire-fesses. C’est certainement l’objet de tortures le plus cruel que l’on puisse trouver sur les pistes. Ainsi, lors de l’une de mes dernières sorties de ski, à La Plagne (histoire d’amortir mon extension de forfait des Arcs), j’ai pris sur le crâne une perche de tire-fesses que j’étais censé attraper au vol pour la placer le plus délicatement possible entre mes jambes crispées. Pourtant, au départ de chaque “ tire-fesses ”, il y a une personne habillée en rouge, qui est payée pour surveiller que les killy du dimanche de mon acabit prennent correctement la perche qui arrive à toute vitesse en voltigeant dangereusement dans l’air, mais qu’on vous dit que ça ne risque rien et que toutes les protections ont été prévues et patati et patata. Mais non, mademoiselle n’a rien vu (c’était une demoiselle) et “ Minou des Neiges ” s’est payé une perche dans la gueule, alors qu’on vous dit que ça ne peut jamais arriver ! Mademoiselle s’est excusé, mais c’était trop tard. Heureusement, la grande maîtrise dont je ne me départis jamais en de telles circonstances, et que l’on peut qualifier d’extrêmes (tu me l’accorderas), a fait que je me suis immédiatement ressaisi et que j’ai attrapé la perche suivante avec une dextérité que je ne me connaissais pas.

C’est alors que le cauchemar commence. Comme toutes les fois, car jusqu'à présent, ça a toujours été un cauchemar, plus ou moins long, selon la longueur du tire-fesses. Et j’en connais de très très longs.

Personnellement, j’en suis au stade où je m’applique à ne plus coincer un bâton (ou deux) de ski entre mon postérieur et la rondelle sur laquelle sont censées se poser mes fesses. Mes efforts en la matière ne sont pas toujours couronnés de succès. Lorsque le bâton se coince de la manière précitée, l’horreur est à son comble. Bien que les bijoux de famille soient particulièrement maltraités, il convient de ne pas bouger et de supporter sa douleur sans esquiver la moindre tentative de dégagement du bâton mal placé. J’en parle en connaissance de cause, pour m’être surestimé et avoir pensé qu’un retrait du bâton était possible en cours d’ascension. Je n’ai réussi qu’à me froisser un muscle du dos, tant le mouvement qui serait de nature à obtenir le résultat espéré est inhabituel, contraire à la nature et peut-être même à ... la morale. Il m’a fallu terminer mon pénible trajet avec une douleur dorsale supplémentaire tellement intense que je me demandais si j’allais redescendre sur mes skis ou sur un brancard. Heureusement, les choses se sont progressivement arrangées lorsque j’ai retrouvé une position normale.

Maintenant, je laisse mon bâton tranquille car j’ai déjà suffisamment de soucis pour me maintenir debout sur cet engin de malheurs. Soit, il vous aspire brusquement, dès que la pente est un peu plus raide, et je suis tendu comme une arbalète, agrippé à la perche à en avoir mal aux phalanges, puis la pente est moins raide, voire inexistante, (quand des fois il ne s’agit pas d’une descente momentanée) et alors tout change. Il s’agit de rester bien debout (plier les jambes en faisant mine de s’asseoir serait fatal) en tenant la perche un peu plus haut. Naturellement, dans cette situation, on n’est plus du tout assis sur la rondelle qui est censée servir de siège, ce qui fait que l’on est tracté par le haut sans appui sur le postérieur, ce qui est particulièrement pénible.

D’ailleurs, parler de siège en évoquant cette rondelle de plastique me paraît tout à fait excessif. Personnellement, je trouve sa surface très nettement insuffisante et peu fiable pour reposer dessus en confiance. Est-ce moi qui ne serre pas assez les fesses ? Je ne sais. Pourtant, il me semble que je serre déjà suffisamment de choses pendant cette ascension pour ne pas avoir à en rajouter. Si je dois serrer les jambes plus que je ne fais déjà, il me faudra absolument une coquille dans le pantalon pour me protéger des bâtons de ski inquisiteurs et indésirables.

 

Un des moments les plus angoissant est l’approche d’un virage. Car il y a des tire-fesses qui n’en finissent pas et qui comptent de nombreux virages. Ces virages sont annoncés par des panneaux qui vous mettent en garde. C’est dire combien ils sont dangereux. C’est que l’on a déjà du mal à maintenir ses skis dans les rails qui défilent en dessous. Alors, il s’agit de s’appliquer tout particulièrement pour garder le cap dans le virage. Parfois, il m’arrive d’avoir un ski qui quitte le rail salvateur. Quelle angoisse ! Il faut le ramener dans le droit chemin sans le brusquer et sans s’énerver car il pourrait se mettre en travers, et ça serait la catastrophe.

Je n’ose imaginer ce que je deviendrais si j’étais obligé d’abandonner mon bourreau-tire-fesses avant la fin du parcours (cela m’est arrivé une fois mais dans un endroit civilisé), alors que je traverse des passages dangereux, hors piste, excessivement pentus et loin de tout repère pour rejoindre une piste balisée...

 

A la fin d’un tire-fesses, je suis lessivé. C’est une monté qui m’épuise comme dix descentes.

Mes muscles me font mal, et j’en attrape des rhumatismes dans les doigts (avec l’humidité ambiante évidemment).

Pendant que je souffre le martyre, il en est qui, insolemment, devant moi, se permettent de zigzaguer en quittant impunément les rails réglementaires. J’en ai vu, de mes yeux vu, qui ne tiennent même pas la perche, et qui mettent un bâton de ski sous leurs fesses et s’en servent comme d’un siège confortable. Ils discutent, fument une cigarette, téléphonent. J’en ai même vu rire ! Incroyable ! A l’arrivée, ils m’affirment qu’ils se sont reposés, et je les écoute, hagard, hébété, le regard fixe et la pupille dilatée, dans un état proche de la pétrification.

 

par Oncle Dan publié dans : Grenier aux souvenirs communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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