Vendredi 28 décembre 2007
La saison de ski a commencé et les internautes me demandent de re-publier cette note qu'ils avaient appréciée sur les inconvénients du tire-fesses.
Et ce que blogueur veut...
Dieu sait qu’il y a beaucoup à dire sur le tire-fesses. C’est certainement l’objet de tortures le plus cruel que l’on puisse trouver sur les pistes.
Ainsi, lors de l’une de mes dernières sorties de ski, à La Plagne (histoire d’amortir mon extension de forfait des Arcs), j’ai pris sur le crâne une perche de tire-fesses que j’étais censé attraper au vol pour la placer le plus délicatement possible entre mes jambes crispées. Pourtant, au départ de chaque “ tire-fesses ”, il y a une personne habillée en rouge, qui est payée pour surveiller que les killy du dimanche de mon acabit prennent correctement la
perche qui arrive à toute vitesse en voltigeant dangereusement dans l’air, mais qu’on vous dit que ça ne risque rien et que toutes les protections ont été prévues et patati et patata. Mais non,
mademoiselle n’a rien vu (c’était une demoiselle) et “ Minou des Neiges ” s’est payé une perche dans la gueule, alors qu’on vous dit que ça
ne peut jamais arriver ! Mademoiselle s’est excusé, mais c’était trop tard. Heureusement, la grande maîtrise dont je ne me départis jamais en de telles circonstances, et que l’on peut
qualifier d’extrêmes (tu me l’accorderas), a fait que je me suis immédiatement ressaisi et que j’ai attrapé la perche suivante avec une dextérité que je ne me connaissais pas.
C’est alors que le cauchemar commence. Comme toutes les fois, car
jusqu'à présent, ça a toujours été un cauchemar, plus ou moins long, selon la longueur du tire-fesses. Et j’en connais de très très
longs.
Personnellement, j’en suis au stade où je m’applique à ne plus coincer
un bâton (ou deux) de ski entre mon postérieur et la rondelle sur laquelle sont censées se poser mes fesses. Mes efforts en la matière ne sont pas toujours couronnés de succès. Lorsque le bâton
se coince de la manière précitée, l’horreur est à son comble. Bien que les bijoux de famille soient particulièrement maltraités, il convient de ne pas bouger et de supporter sa douleur sans
esquiver la moindre tentative de dégagement du bâton mal placé. J’en parle en connaissance de cause, pour m’être surestimé et avoir pensé qu’un retrait du bâton était possible en cours
d’ascension. Je n’ai réussi qu’à me froisser un muscle du dos, tant le mouvement qui serait de nature à obtenir le résultat espéré est inhabituel, contraire à la nature et peut-être même à ... la
morale. Il m’a fallu terminer mon pénible trajet avec une douleur dorsale supplémentaire tellement intense que je me demandais si j’allais redescendre sur mes skis ou sur un brancard.
Heureusement, les choses se sont progressivement arrangées lorsque j’ai retrouvé une position normale.
Maintenant, je laisse mon bâton tranquille car j’ai déjà suffisamment
de soucis pour me maintenir debout sur cet engin de malheurs. Soit, il vous aspire brusquement, dès que la pente est un peu plus raide, et je suis tendu comme une arbalète, agrippé à la perche à
en avoir mal aux phalanges, puis la pente est moins raide, voire inexistante, (quand des fois il ne s’agit pas d’une descente momentanée) et alors tout change. Il s’agit de rester bien debout
(plier les jambes en faisant mine de s’asseoir serait fatal) en tenant la perche un peu plus haut. Naturellement, dans cette situation, on n’est plus du tout assis sur la rondelle qui est censée
servir de siège, ce qui fait que l’on est tracté par le haut sans appui sur le postérieur, ce qui est particulièrement pénible.
D’ailleurs, parler de siège en évoquant cette rondelle de plastique me
paraît tout à fait excessif. Personnellement, je trouve sa surface très nettement insuffisante et peu fiable pour reposer dessus en confiance. Est-ce moi qui ne serre pas assez les fesses ?
Je ne sais. Pourtant, il me semble que je serre déjà suffisamment de choses pendant cette ascension pour ne pas avoir à en rajouter. Si je dois serrer les jambes plus que je ne fais déjà, il me
faudra absolument une coquille dans le pantalon pour me protéger des bâtons de ski inquisiteurs et indésirables.
Un des moments les plus angoissant est l’approche d’un virage. Car il y
a des tire-fesses qui n’en finissent pas et qui comptent de nombreux virages. Ces virages sont annoncés par des panneaux qui vous mettent en garde.
C’est dire combien ils sont dangereux. C’est que l’on a déjà du mal à maintenir ses skis dans les rails qui défilent en dessous. Alors, il s’agit de s’appliquer tout particulièrement pour garder
le cap dans le virage. Parfois, il m’arrive d’avoir un ski qui quitte le rail salvateur. Quelle angoisse ! Il faut le ramener dans le droit chemin sans le brusquer et sans s’énerver car il
pourrait se mettre en travers, et ça serait la catastrophe.
Je n’ose imaginer ce que je deviendrais si j’étais obligé d’abandonner
mon bourreau-tire-fesses avant la fin du parcours (cela m’est arrivé une fois mais dans un endroit civilisé), alors que je traverse des passages
dangereux, hors piste, excessivement pentus et loin de tout repère pour rejoindre une piste balisée...
A la fin d’un tire-fesses,
je suis lessivé. C’est une monté qui m’épuise comme dix descentes.
Mes muscles me font mal, et j’en attrape des rhumatismes dans les
doigts (avec l’humidité ambiante évidemment).
Pendant que je souffre le martyre, il en est qui, insolemment, devant
moi, se permettent de zigzaguer en quittant impunément les rails réglementaires. J’en ai vu, de mes yeux vu, qui ne tiennent même pas la perche, et qui mettent un bâton de ski sous leurs fesses
et s’en servent comme d’un siège confortable. Ils discutent, fument une cigarette, téléphonent. J’en ai même vu rire ! Incroyable ! A l’arrivée, ils m’affirment qu’ils se sont reposés,
et je les écoute, hagard, hébété, le regard fixe et la pupille dilatée, dans un état proche de la pétrification.
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