Exercice d'écriture proposé par Ecriture Ludique. Il s'agit d'écrire un texte (Nouvelle, poésie, théatre, ... ) inspiré par
l'image présentée ci-dessous et (éventuellement) par son titre, cette inspiration devant se sentir.
Cette image m'a immédiatement fait penser à un voyage organisé effectué à Londres, dont je vous rapporte ici un petit
extrait.
Le car nous a déposés dans un quartier lugubre. Le genre de banlieue qui offre dès le premier contact toute
la griserie d’une vie dangereuse, et où l’on rase les murs pour éviter les mauvaises rencontres à moins de vouloir pratiquer les arts martiaux. Dans une rue comme celle-là, pour avoir des
partenaires, il suffit de faire semblant de sortir son portefeuille.
En apparence, cependant, la rue était vide lorsque nous sommes descendus du car. Elle était longée de murs gris, culottés par les siècles, derrière lesquels
croupissaient de vieux bâtiments compliqués, luisant de crasse, qui s’enchevêtraient bizarrement, et dont aucune fenêtre ne ressemblait à l’autre.
En frissonnant, nous nous sommes engouffrés sans réfléchir davantage dans ce petit cabaret surprise
dont l’entrée était dissimulée sous un pont.
Nous crûmes d’abord qu’il s’agissait d’une installation provisoire. Sur le pont, il passait régulièrement des trains. Ou peut-être était-ce le métro ?
Une enseigne lumineuse de Prisunic, à moitié descellée, pendait au dessus de la porte et ne luminosait plus du tout. Il était impossible de voir à l’intérieur car la
vitre de la porte d’entrée, brisée par quelques balles perdues, était recouverte d’affiches de spectacles qui auraient enchanté un collectionneur spécialisé dans les années trente.
A l’intérieur, notre table prenait les trois quarts de la salle, laissant juste ce qu’il fallait de place pour deux tables supplémentaires occupées par une dizaine
d’autochtones.
Pour préserver votre bonne humeur, je ne vous parlerai pas de ce que nous n’avons pas mangé. D’ailleurs, nous ne savions pas que cela pouvait se manger.
On nous a apporté dans des assiettes des aliments que nous n’avions encore jamais vus et que nous ne souhaitions plus jamais revoir. Le tout était accompagné de vins français que dans leur grande
sagesse ceux-ci réservent aux travailleurs de force et à l’exportation. Nous étions les arroseurs arrosés, alors nous sommes allés vider nos verres dans le canal tout proche. Si proche
...
Au dessert, il y avait une spécialité britannique : la gelée de… De je ne sais quoi au juste.
Evidemment, nous ne l’avons pas mangée, nous contentant de la regarder vibrer dans nos assiettes chaque fois qu’un train passait au dessus de nos têtes.
Notre cabaret surprise était en effet niché sous l’arche d’un pont de chemin de fer !
Mais nous n’étions pas venus pour manger et attendions avec impatience le spectacle qui nous était promis. Ce fut unique. Quatre acteurs de toute première qualité se
relayèrent pour nous faire profiter des subtilités humoristiques de la langue de Shakespeare. Ce fut très réussi. Les anglais qui occupaient les deux tables devant la scène ne cessaient de rire.
Que dis-je ! Ils se tordaient de rire ! Les monologues débités par ces brillants acteurs étaient très bons car à la fin de presque chaque phrase, les anglais s'esclaffaient
bruyamment.
On devinait dans les mimiques toute la finesse du texte. Une dame surtout, une anglaise je pense, hurlait de rire en se tapant sur les cuisses bien longtemps après
les autres.
Dans l’ensemble, notre petit groupe restait très calme. Pour une fois, le flegme français surpassait celui des britanniques. A part deux ou trois personnes initiées,
il réagissait peu aux chutes humoristiques qui se déversaient sur lui en cascades. Je pense que c’est parce qu’il était surtout composé de français, ou alors d’anglais qui n’avaient jamais vécus
en Angleterre. Il était comme la cigogne de La Fontaine invitée à dîner dans une écuelle par le renard britannique.
J’en ai vu se ruer sur leur guide de conversation Français-Anglais, mais sans résultats notables. Il faut être naïf pour espérer trouver quelque secours linguistique
dans ce type d’ouvrage. Remarquez, je ne me moque pas d’eux. Moi-même, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, et j’ai eu le mauvais réflexe d’ouvrir un petit guide de conversation pour
puiser quelques idées.
Qui ne s’est pas déjà tordu de rire à la lecture de ces fascicules ? La première phrase sur laquelle je suis " tombé " a été " Je suis enfermé
dehors " - " I’ve locked myself out " (aïve lokte maïsèlfe aoute). Comment avais-je pu oublier que ces brochures ne sont d’aucun secours pour parler une langue,
surtout dans un cabaret. Elles sont faites pour les cas désespérés. Ils disposent ici d’un choix important de phrases adaptées aux situations les plus avariées. "J’ai perdu mon
passeport ". " Mes bagages ne sont pas arrivés. " " Je n’arrive pas à l’ouvrir ". " C’est bloqué ". Le véritable problème est que 98 % de ces
infortunés voyageurs ont rangé leur guide de conversation dans les bagages égarés. Les 2 % restant ne peuvent être que des pessimistes bilieux qui étaient sûrs de perdre leurs
bagages.
Nos pauvres touristes qui ont perdu leurs bagages, et peut-être même leur argent avec (I don’t have enough money) se retrouvent forcément dans un hôtel
miteux. Le guide Berlitz, s’il n’est pas perdu avec les bagages, va les aider : " La lumière ne marche pas dans ma chambre ", " l’ascenseur est en panne " (au cas où
cela vous arriverait alors que vous êtes à l’intérieur, ayez toujours un deuxième guide Berlitz dans la poche) " il n’y a pas d’eau chaude ", " il n’y a plus de papier
hygiénique ", " je suis désolé, j’ai cassé le/la ... " Le guide ne dit rien de ce que vous avez cassé. Il vous laisse le choix. Si vous ne connaissez pas le mot correspondant,
montrez les morceaux !
Il y a aussi, dans cet ouvrage, une dizaine de pages consacrées à un dialogue insensé entre un garagiste très patient et un chauffard inconscient dont le véhicule est
dans un état lamentable. Après vous avoir fait comprendre que toutes les pièces qui composent le moteur de sa voiture sont en panne, il termine en disant qu’il repassera plus tard. Le garagiste
ne bronche pas. S’il avait une once de conscience professionnelle, il empêcherait ce criminel de repartir et remorquerait immédiatement cette dangereuse épave jusqu’au cimetière de voitures le
plus proche.
En revanche, il nous fut impossible de trouver la traduction de l’une de ces phrases si pratiques en Angleterre et qui nous brûlaient les lèvres en la
circonstance : " Cette chose doit-elle être mangée ? " " Pourquoi y-a t’il tant de bouteilles de vinaigre sur la table ? " " Pouvez-vous m’apporter de
la nourriture s’il vous plaît ? " " Pourquoi ces gens rient-ils tout le temps ? ".
Non, à la place, il y avait " la chasse d’eau ne marche pas ", " il n’y a pas de bonde pour la baignoire ", autant de phrases qui
n’étaient pas du tout adaptées à nos besoins.
merci de nous rejoindre et bienvenue dans la communauté Adoptez un mot!
au plaisir de te lire
@ bientôt
Je me souviens encore de la croisière de l'année dernière, avec le paquebot de l'image, tu aurais pu la raconter :)
Un texte bien sympathique et un blog que je découvre.
Nanou
merci pour le voyage, vraiment très ludique et zygomatique!
big bisous